Il nous arrive quasiment tous les jours de voir une information sensationnelle (photo, vidéo, article…) que nous souhaitons partager avec notre entourage. Mais il est possible que cette dernière soit totalement fausse, qu’elle détruise la carrière, l’image ou la vie de quelqu’un. Ou plus grave encore, que l’on participe à la chute d’une entreprise ou d’un pays entier.
Il est donc de notre responsabilité de vérifier l’information au minimum avant de la croire ou de la partager. Car il se peut que l’on manipule notre entourage ou que l’on participe à une guerre de l’information, sans le savoir.
Comment distinguer une erreur d’information d’une manipulation volontaire ?
Souvent, lorsqu’il est question d’une information fausse, on pense qu’il s’agit de la désinformation, mais en réalité, il existe trois types de manipulation de l’information :
- La désinformation, qui désigne la création et la diffusion délibérée de fausses informations (vidéo, images, texte…) de nuire ou d’influencer une personne, un groupe ou un pays. Dans ce cas-ci, les intentions sont claires et malveillantes. Cette pratique est donc interdite et punissable par la loi.
Le 22 novembre 2016, plusieurs agences de presse reçoivent un faux communiqué se présentant comme émanant du groupe Vinci, l’un des plus grands acteurs français du BTP. Ce communiqué contenait des informations fausses sur une erreur majeure dans la comptabilité de la société, également la démission du directeur financier du groupe Vinci.
L’entité émettant ce communiqué avait bien préparé les documents avec une identité visuelle de Vinci, email usurpé, les médias l’ont relayés sans effectuer une vérification. Par conséquent, les actions du groupe Vinci ont perdu 18 % de valeur, ce qui a généré une baisse de capitalisation de 36.5 à 29.5 milliards d’euros en quelques minutes.
L’origine de ce communiqué n’a pas pu être identifiée cependant l’acte était volontaire et malveillant.
Le but de la désinformation n’est pas seulement politique ou sociale mais aussi économique. La désinformation est donc la création complète d’une information fausse, c’est une pratique courante mais confondue avec la malinformation.
- La malinformation a elle aussi pour but de nuire mais contrairement à la désinformation, l’information est véridique à la base, son sens réel a été trafiqué afin de tromper le lecteur.
A titre d’exemple, une photo montrant une foule dans une rue, le titre affirme « Émeute violente hier soir » alors qu’il s’agissait d’un concert. Une vidéo d’un policier frappant un individu mais elle ne montre pas que l’individu avait agressé quelqu’un juste avant. Ou bien, une citation ou une phrase d’un article, à un endroit précis coupé et publié provoquant beaucoup de réactions tandis qu’il manque le contexte.
En général, l’information est réelle mais elle est utilisée dans un contexte faux, ou elle n’est pas exposée dans sa totalité. Elle peut être sous forme d’image, de vidéo, de statistique, de texte ou de tout autre.
Ce type d’informations est plus souvent relayées car les consommateurs voient une information réelle mais ils n‘ont pas le temps ou ne veulent pas vérifier l’authenticité et le contexte de celle-ci.
Ce mécanisme devient d’autant plus efficace lorsque l’information est partagée par des personnes qui pensent agir correctement, sans intention de nuire.
- La mésinformation est une information fausse, mais qui n’est pas créée dans l’intention de nuire. Souvent, la personne diffusant l’information croit même que celle-ci est vraie. Il ne s’agit pas de désinformation, car il n’y a pas d’intention de tromper mais une erreur relayée de bonne foi.
Pendant la crise de Covid-19, des milliers de personnes ont partagé sur les réseaux sociaux des messages affirmant que boire de l’eau chaude toutes les 15 minutes, consommer du citron, du gingembre ou de l’ail, s’exposer au soleil, permettait de prévenir ou guérir du covid. Cette information était scientifiquement fausse mais la plupart des personnes qui les partageaient croyaient sincèrement aider leurs proches.
Cependant, la mésinformation peut être dangereuse car elle ne reflète pas la réalité.
Pourquoi ça marche ?
Dans notre ère, l’information circule de plus en plus vite. Les canaux de communication se sont multipliés et le temps manque pour vérifier l’authenticité de chaque information. C’est l’effet de l’infobésité.
En outre, une campagne de manipulation d’information profite à ce qui est propre à l’être humain, l’émotion. En effet, les manipulateurs rendent l’information plus émotionnelle pour provoquer un sentiment d’urgence ou de peur afin de les relayer sans trop réfléchir aux conséquences.
De plus, le manque de connaissances d’information des consommateurs malgré les sensibilisations augmente les risques d’être victime.
Une responsabilité juridique individuelle
Bien que les plateformes et les médias ont pour obligation de vérifier les informations qu’elles partagent, la responsabilité de chacun reste néanmoins incontournable quant au partage d’informations autour de nous.
La désinformation est souvent punissable et peut ouvrir la voie à des poursuites pénales. Suivant le type de désinformation, diffamation, injure, incitation à la haine, escroquerie, atteinte à la vie privée, les peines peuvent aller jusqu’à l’emprisonnement et amendes très élevées.
La malinformation, quant à elle, combine souvent des éléments vrais mais avec la volonté de nuire. Elle peut donc engager la responsabilité pénale si la diffusion constitue la diffamation, incitation à la haine, atteinte à la vie privée, harcèlement… Les conséquences peuvent être des peines plus lourdes et des amendes plus élevées.
Enfin, la mésinformation, elle n’est généralement pas punissable sur le plan pénal si l’erreur est sincère et ne révèle aucune intention de nuire. Cependant, il peut y avoir une responsabilité civile (réparation du préjudice) si la diffusion résulte d’une négligence grave.
En toute circonstance, il est de notre responsabilité morale et juridique d’effectuer quelques vérifications avant de croire ou de partager une information :
- Ne pas tomber dans le piège et se poser des questions si l’information provoque des émotions comme la peur, la tristesse, ou autre.
- Vérifier la provenance de l’information. Est-ce que le média ou la personne qui partage cette information est fiable ?
- S’assurer de l’authenticité de l’information.
- Vérifier que l’information soit présentée en totalité dans son contexte.
Ensuite, on peut la partager même si elle est émotionnelle ou controversée. Si l’information n’est pas authentique, si elle n’est pas présentée en totalité et dans le bon contexte, ou si l’entité qui la partage sait que celle-ci ne respecte pas ces conditions, alors ce n’est pas une erreur d’information mais plutôt une manipulation volontaire.
Avec l’essor de l’intelligence artificielle et des algorithmes de recommandation, le rôle de la technologie dans la propagation ou la vérification de l’information est de plus en plus crucial. Jusqu’où pouvons-nous compter sur les outils numériques pour nous aider à discerner le vrai du faux ?
Article suivant : Comment la propagande influence nos esprits ?
Introduction aux médias d’informations
L’information, un actif stratégique à haute valeur

